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·Jean Lemoine·

Le chant des regrets éternels de Wang Anyi

Cet ouvrage se déroule en 1949 à l’aube de la prise du pouvoir par les communistes à Shanghai. Et il ne s’agit pas ici d’un détail : en effet, par l’entremise subtile d’une écriture souvent poétique – et à ce titre, les cinq premiers chapitres qui donnent le ton général en ouvrant sur cinq tableaux de Shanghai, ravissent et ne sont pas sans rappeler un type d’écriture proustienne – le destin de l’héroïne, Wang Ts’iyao, se mêle étroitement à celui de Shanghai. Les tourments de la grande histoire épousent les contours de l’histoire personnelle, qui devient comme le reflet, le miroir intime d’un drame collectif.

Wang Ts’iyao, l’héroïne du roman, a seize ans lorsqu’elle est repérée pour faire un essai devant la caméra. Hélas, sa beauté naturelle ne passant pas à la caméra, le réalisateur la met alors en relation avec un jeune photographe qui saisit, dès les premiers clichés, que la grâce de son sujet, commune sans l’être pourtant, touchera le plus grand nombre. Cette fois, l’essai est un succès et la publication de quelques photos dans une revue à la mode offre à la jeune Wang Ts’iyao une notoriété qui bientôt lui assure le troisième prix au concours de Miss Shanghai. La jeune fille est alors repérée par un important homme politique et militaire, le directeur Li, qui l’installe dans une résidence feutrée pour femmes entretenues. Celui-ci disparaît, non sans avoir légué à sa jeune protégée des lingots d’or, gage d’une sécurité matérielle qui protège le roman contre le misérabilisme. L’histoire se poursuit sur temps de disette avec le grand Bond en Avant et les saccages de la révolution culturelle – mais autour du poêle chez Ts’iyao, le temps suspend son vol. Devenue mère d’une fille qui se révélera ingrate, l’héroïne retrouve, avec la libéralisation de l’économie et des esprits, une liberté que les sombres années du maoïsme triomphant lui avaient arrachées. 

Autant en emporte le temps serait un résumé de ce roman, sans doute l’un des plus aboutis de la dernière décennie en Chine, et qui restera comme un classique. Paru en Chine en 1995, couronné par le prestigieux prix littéraire Mao Dun, le Chant des regrets éternels aura attendu une dizaine d’années avant d’être enfin publié en français. Avec la traduction du Chant des regrets éternels, pièce majeure dans l’oeuvre de Wang Anyi, les éditions Picquier nous offrent un roman d’une rare beauté, rédigé dans une langue ciselée, magnifiquement rendu par le travail des traducteurs.

« Le chant des regrets éternels » de Wang Anyi, traduit du chinois par Yvonne André et Stéphane Lévêque, éd. Picquier, 680p. 23 euros. Possibilité de commande à l’Arbre du Voyageur à Beijing. Comptez une quinzaine de jours. Centre culturel français, 18, Gongti Xi lu, Chaoyang district. 法国文化中心,朝阳区工体西路18号. Tel: 010.65.53.54.82

 
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Le chant des regrets ternels de Wang Anyi

 
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