La Chine « débloque » presque totalement l’accès à Wikipédia
Après quasiment un an, la Chine a décidé d’autoriser de nouveau l’accès à une grande partie de Wikipédia, l’encyclopédie en ligne. Impressions.
· Aurélie Palancher ·
Les internautes en Chine en avaient été privés depuis presque un an. Mi-octobre, la Chine a enfin décidé d’assouplir les restrictions d’accès à Wikipedia, l’encyclopédie en ligne, comme le rapporte le 19 octobre l’AFP. « La plus grande part de Wikipedia » est accessible et il n’est plus nécessaire d’avoir recours à « des circonvolutions techniques », a indiqué l’encyclopédie en ligne.
Ce site gratuit et multilingue qui compte parmi les 15 plus visités de la toile est entièrement rédigé et complété bénévolement par des internautes de tous pays. Il a dépassé les 5 millions d’articles, dont le cinquième en anglais cette année, selon des chiffres de Wikipédia.
Depuis que la Chine avait décidé de « bloquer » l’accès à l’encyclopédie en ligne, celle-ci a toujours refusé de s’autocensurer pour rentrer dans les bonnes grâces de Beijing. Une intégrité saluée par Reporters sans frontières qui ajouté, non sans une certaine pointe d’ironie, que d’autres grands portails de recherches américains feraient bien de suivre l’exemple.
A double tranchant
Qui vient à point à qui sait attendre. Cette expression pourrait donc devenir l’adage de Wikipédia. Et pourtant, cette patience est à double tranchant : comment fidéliser à ce site les étrangers vivant en Chine depuis un certain temps avec une censure de quasiment une année ? Comme beaucoup, Arnaud qui vit en Chine depuis presque deux ans, s’était depuis longtemps résigné à ne plus pouvoir accéder à l’encyclopédie en ligne. Ce Belge de 29 ans a d’ailleurs été l’un des premiers surpris quand nous lui avons appris la nouvelle. « Ah bon ? Ca a été débloqué ? », demande-t-il spontanément. « Je suis sur le c... . Y a pas d’autre mot », s’enflamme-t-il. « Ca va changer ma vie. C’était tout de même rageant qu’à chaque fois qu’on voulait des precisions sur une notion, de pouvoir n’en lire que le début dans la liste de sites de google et puis d’essayer d'en deviner la fin », précise-t-il.
Pour Chris, un fervent utilisateur de Wikipédia en anglais et en français depuis 4 ans, cette décision gouvernementale n’a rien changé à son quotidien. « Depuis que je suis en Chine, j’ai toujours réussi à contourner la censure du gouvernement en utilisant des serveurs proxy », explique ce Franco-Canadien de 23 ans qui travaille dans un média local. « Malgré les critiques qui accusent Wikipédia d'être écrit pas des gens souvent mal informés, je le consulte pour avoir un accès rapide a des infos qui autrement me prendraient plus de temps à trouver », se justifie-t-il, tout en avouant qu’il recoupe ses sources avec « l’encyclopedia Britannica ou d’autres sites plus spécialisés ». A la question de savoir quelles sont les motivations qui ont incité la Chine à assouplir ses mesures, Chris a sa petite idée là-dessus : « Wikipédia est un des sites les plus médiatisés au monde. Le savoir bloqué en Chine ne faisait que conforter l’impression d’omnipotence du Parti pour la communauté internationale », estime-t-il. Et de conclure : « Vu l’anonymat de Wikipédia en Chine, le gouvernement n’avait rien à perdre à le débloquer ».
Liens des sites en français et en anglais de Wikipédia :
http://fr.wikipedia.org
et http://en.wikipedia.org |