L'accent franais en Chine : un monopole parisien?
« The BBC English » ou « l’anglais de la Reine » a encore de beaux jours devant lui en Chine. Avoir un accent neutre d’Angleterre ou des Etats-Unis reste encore le meilleur atout pour enseigner l’anglais. Il n’est donc pas rare que des anglophones à l’accent plus « prononcé » se voient refuser des emplois où l’oral est essentiel.
Mais qu’en est-il de la France et des pays francophones ? Si la communauté expatriée francophone en Chine n’est pas aussi importante que la communauté anglophone, il semblerait que l’accent « parisien » soit encore de loin le plus recherché. Comme en témoigne Joachim, Dijonnais, ingénieur dans une compagnie chinoise : « Mon entreprise m’a recruté localement mais je sens qu’un Parisien aurait été préféré ».
La Chine s’étant ouverte relativement récemment au monde, des stéréotypes culturels persistent encore. Certains drôles. D’autres, inquiétants. Pour le Chinois moyen, la France a une bonne réputation : c’est un pays romantique, rempli de jolies filles et de footballeurs de génie. Et accent ou pas accent, c’est du pareil au même. En revanche, à Pékin et à Shanghai, où les étrangers sont en masse, l’« accent neutre » est très recherché. Dans les médias chinois de langue française tel que Radio Chine Internationale ou CCTV-16, l’accent reste un critère essentiel de sélection. Du moins en théorie. « L’une des premières choses que l’on m’a demandé, c’est si je venais de Paris », se souvient ce Français de 27 ans, journaliste à RCI. « En lisant le CV d’un autre candidat français, notre responsable a lâché un commentaire sur les origines marseillaises du postulant et de son accent, sans lui avoir parlé au téléphone. Et ce malgré ses compétences journalistiques », souligne-t-il.
En réalité, la grande majorité des francophones travaillant en Chine, tant pour des entreprises chinoises qu’internationales, ne semble pas venir de Paris. Et si le nombre de Français reste largement dominant à Pékin, les autres francophones semblent quelque peu boudés. Ainsi l’accent québécois peut constituer un obstacle pour décrocher un emploi dans les médias chinois, notamment audio-visuels. Et pire, peu de Chinois considèrent le Canada comme un pays francophone.
Autre fait à déplorer : l’absence quasi-totale de francophones africains dans ces postes. Alors que la Chine se vante de ses relations amicales avec l’Afrique, il est encore très rare que des Camerounais, des Sénégalais ou des Maliens soient recrutés comme employés francophones. Et cette discrimination semble davantage être liée à la couleur de peau qu’à l’accent lui-même. Comme le confirme Urbain, un Camerounais originaire de Yaoundé : « J’ai passé 3 ans en Chine. Bien que la situation se soit nettement améliorée, le sentiment que la peau blanche fera meilleur effet persiste encore ».
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